The Art Man
En ce vendredi 13, pianotant sur mon clavier, j'étais tombé sur cet article qui changea le cours de ma vie: " Devenez célèbre à vos risques et périls ".
Malgré ma paraskevidékatriaphobie, je décidai d'écrire à l'adresse précisée dans l'écrit. " Vous avez entre 20 et 30, êtes prêts à tout quitter du jour au lendemain,
à vous couper de tout contact extérieur, vous n'avez pas peur du changement tant physique que mental, alors n'attendez plus, écrivez-nous, nous avons le moyen de vous rendre célèbre."
Je n'avais plus de famille, aucun contact amical, j' étais ce qu'on appelle dans notre société un "no-life".
Je n'avais rien à perdre. Je n'avais pas peur. J'étais intrigué, excité, motivé.
Des tonnes de questions se foulaient à l'intérieur de moi : de quelle manière comptaient-ils me mettre sur les starting blocks ? Qu'entendait-il par changement physique et mental ?
Je ne savais pas encore qu'il aurait été mieux d'être superstitieux ce jour-là, que ma soif de célébrité m'anéantirait.
Ce fut environ deux semaines plus tard, qu'une jeune femme me contacta par message électronique, me proposant un rendez-vous deux jours plus tard aux alentours de deux heures de l'après-midi, dans un café, intime mais réputé, perché en haut de Montmartre.
Quatorze heures. Elle n'était toujours pas là. Quatorze heures trente. Toujours personne. C'est au moment où, après avoir fini mon déca, qu'une jeune femme munie d'un attaché-case s'approcha de moi. Elle s'excusa, se présenta avant de m'expliquer le projet.
D'après ses dires, grâce à cette expérience, ma vie ne saurait plus jamais la même. On parlerait de moi à travers le monde entier et je cite "la Statue de la Liberté, Le Dalaï-Lama, Dieu et Mandela ne seraient après ma mise à nu que des symboles obsolètes ". L'excitation laissait peu à peu place à l'anxiété mais devenir l'égérie de la société me plaisait. Le pissenlit allait devenir edelweiss.
Succès. Flash. Vedette. Flash. Fanatisme. Flash. Idolâtrie. FlashTout paraissait si beau, si autenthique, si attrayant. Ce fameux vendredi 13 m'avait-il finalement porté chance ?
Ses explications étaient restées plus ou moins abstraites. Elle avait parlé d'art contemporain avant de me dire que tout le monde voudrait un bout de moi. J'avais signé le contrat. Un contrat qui, je pensais était un passeport pour la starisation, non un ticket vers ma déshumanisation.
Le lendemain, tous les journaux parlaient de ce projet pharamineux comme étant une première tout en gardant mon anonymat.
On pouvait lire "J-3 : Le Grand Homme", " L'expérience inédite ", " Nous l'adulerons, nous le partagerons ". A peine étais-je entré dans mon processus de célébritisation qu'on parlait de moi à la une. J'y croyais dur comme fer.
Ce que je n'avais pas compris, c'est que lorsque Mademoiselle Bardi m'avait présenté mon futur piédestal, elle avait parlé d'art et ce n'était pas du sens figuré.
Black-Out.
Je me suis réveillé trois jours plus tard, date annoncée par les journaux comme étant la découverte du grand homme que j'étais. J'étais nu, enfermé dans une boîte de verre, affaibli. Devant moi, des dizaines et des dizaines de gens, d'éthnies différentes, jonchaient la place où l'on m'avait exposé.
J'étais devenu ce que je voulais être: j'étais aimé. Une seule ombre au tableau: je n'étais plus humain.
Une oeuvre d'art ? Une Chose ? ... Les gens passaient devant moi, m'embrassaient, m'achetaient. L'expression "bout de vous" prit tout son sens.
Certains m'achetaient. Des gouttes de sang, un doigt, une touffe de cheveux, un oeil, un orteil,... D'autres, au contraire, me laissaient des lettres me considérant comme leur dieu, comme une icône.
J'étais célèbre, après tout c'est que ce j'avais voulu. J'aurais du me méfier de ce vendredi...
Florian TISSERAND